Enquête d’histoire horlogère · 1777–1931
Quelle fut la première montre automatique ?
Qui a vraiment inventé la montre capable de se remonter grâce aux mouvements du porteur ? Perrelet, Sarton, Breguet, Harwood et Rolex reviennent régulièrement dans les récits. Mais leur attribuer le même titre serait une erreur : ils n’ont pas réalisé la même chose, à la même époque, ni apporté le même type de preuve.
Documents anciens, témoignages, montres conservées, brevets et débuts de la production en série : cette enquête distingue ce qui est établi de ce qui reste débattu.

Pièce 01 · Définir la question
Avant de chercher un inventeur, définir exactement la « première »
Une erreur revient souvent dans les histoires de l’horlogerie : poser une question unique à des réalisations qui n’appartiennent pas à la même catégorie. Dire « première montre automatique » ne suffit pas, car le remontage automatique a été exploré avant même l’apparition de la montre-bracelet moderne. Une montre de poche expérimentale du XVIIIe siècle, une montre de poche effectivement vendue, une montre-bracelet brevetée et une montre-bracelet fabriquée en série ne constituent pas le même exploit.
La bonne méthode consiste donc à classer les affirmations. Qui a décrit une montre se remontant au mouvement du corps ? Qui a laissé des dessins techniques intelligibles ? Qui a construit une montre réellement fonctionnelle ? Qui a su la vendre ? Enfin, qui a rendu cette architecture suffisamment fiable pour qu’elle devienne une solution industrielle générale ? Chaque réponse change le nom que l’on met en avant.
La distinction entre ces catégories est capitale pour les collectionneurs. Lorsqu’une annonce affirme qu’un modèle est « la première automatique au monde », il faut regarder quelle première est réellement revendiquée. Une affirmation exacte dans un cadre peut devenir fausse si on la généralise à toute l’histoire de l’horlogerie.
Pièce 02 · Le témoignage controversé
1777 : Perrelet, « Perlet » et une invention dont la preuve reste discutée
Le nom d’Abraham-Louis Perrelet est traditionnellement cité parmi les origines du remontage automatique. Une source ancienne souvent invoquée est le témoignage du naturaliste Horace-Bénédict de Saussure, qui évoque, lors d’un voyage en 1777, une montre capable de se remonter à l’aide des mouvements du porteur. L’existence de recherches à cette période est crédible ; l’attribution précise de toutes les caractéristiques modernes du mécanisme l’est beaucoup moins.
Le problème est documentaire. Le témoignage ne livre pas une description mécanique complète, ni un dessin incontestable du dispositif. Le patronyme a lui-même été transcrit de plusieurs manières, et les historiens ne s’accordent pas tous sur l’identification de la personne citée. Surtout, déduire de la formule « se remonte en marchant » l’existence d’un rotor central semblable à celui de nos montres serait un saut que les documents ne permettent pas de franchir sereinement.
Une reconstruction historique doit accepter ce type de zone grise. Perrelet appartient bien au dossier, mais il n’est pas légitime de lui attribuer sans nuance tous les perfectionnements ultérieurs. Une montre peut se remonter grâce à des mouvements sans employer le même dispositif que la montre-bracelet actuelle. De même, l’existence d’une idée ne prouve ni une fabrication régulière, ni une commercialisation durable.
Le débat n’est pas purement académique. De nombreux textes populaires transforment une attribution traditionnelle en certitude absolue, puis en argument publicitaire. Pourtant, entre une invention attribuée et une invention attestée par un mécanisme conservé, il existe une différence considérable. C’est précisément cette différence que l’histoire doit conserver visible.
Pour un examen contemporain de cette controverse, voir notamment l’analyse historique consacrée à Perrelet et Sarton.
Pièce 03 · Le dessin au cœur du débat
1778 : Hubert Sarton et l’importance d’une description mécanique
Hubert Sarton est beaucoup moins célèbre que Breguet ou Rolex, mais son nom revient régulièrement lorsqu’on cherche la trace documentaire d’un système à rotor central. En décembre 1778, un mécanisme de montre automatique est présenté à l’Académie royale des sciences de Paris et fait l’objet d’une description accompagnée d’un dessin. Cette documentation donne à Sarton un poids particulier dans le débat sur les origines de l’automatique.
Pourquoi un dessin peut-il compter davantage qu’une réputation ? Parce qu’il permet de discuter d’architecture réelle : la manière dont se déplace la masse, le cheminement du remontage, l’engrènement des pièces, et le lien entre le mouvement du porteur et le ressort moteur. Lorsqu’un texte se contente d’affirmer qu’une montre se remonte seule, on peut en tirer plusieurs interprétations. Lorsqu’un schéma existe, le débat devient plus technique et plus précis.
Il ne faut cependant pas transformer un document technique en preuve universelle. La présence d’un dessin témoigne d’une conception et d’une connaissance mécanique ; elle ne prouve pas à elle seule la diffusion commerciale, ni une filiation directe avec les calibres du XXe siècle. On peut reconnaître l’importance documentaire de Sarton sans prétendre que Rolex ou Harwood lui ont nécessairement emprunté leur architecture.
La frontière entre invention indépendante, redécouverte et amélioration est très fréquente dans l’histoire des techniques. Plusieurs artisans peuvent poursuivre la même idée dans des centres horlogers différents. L’historien doit alors établir ce qui circule vraiment : les personnes, les écrits, les dessins, les brevets ou les objets.
Pièce 04 · Une montre existe, puis se vend
1780–1782 : Breguet et les « perpétuelles », une preuve commerciale décisive
Avec Abraham-Louis Breguet, le dossier devient beaucoup plus tangible. La maison Breguet date la vente de sa première montre automatique, appelée « perpétuelle », de 1780. Elle la destine au duc d’Orléans. Le constructeur obtient des résultats suffisamment convaincants pour faire de ce type de montre un objet recherché dans les milieux aristocratiques. Nous ne sommes plus seulement face à l’évocation d’une idée : nous avons affaire à une production identifiée et à une vente historique.
La difficulté du remontage automatique sur une montre de poche est pourtant réelle. Le mouvement du corps transmis à un objet placé dans un vêtement ne possède pas la même régularité que les oscillations d’un poignet. Il faut créer un ensemble réactif à ces déplacements, tout en maintenant la fiabilité d’un mécanisme de grande complexité. Breguet perfectionne à cette fin une architecture à masse oscillante et inscrit ce principe dans des réalisations de haut niveau.
La célèbre montre perpétuelle n° 1/8/82, achevée en 1782, constitue l’un des exemplaires anciens conservés qui éclairent cette période. C’est un élément fondamental : un objet peut être observé, étudié et relié à une histoire de fabrication. L’invention devient alors vérifiable à travers une pièce matérielle, au-delà des formules publicitaires ou des témoignages indirects.
Il faut néanmoins éviter de confondre « la première perpétuelle vendue en 1780 » et « l’exemplaire historique achevé en 1782 ». Les deux faits sont distincts. Cette précision, apparemment secondaire, dit beaucoup de la rigueur nécessaire lorsqu’on attribue des primautés. Les archives de vente, la datation des pièces et la conservation des exemplaires ne portent pas exactement sur les mêmes événements.
Ces repères sont détaillés dans l’histoire officielle des premières perpétuelles Breguet.

Pièce 05 · Le siècle qui sépare les deux mondes
Pourquoi l’automatique de poche n’a pas immédiatement donné naissance à la montre-bracelet
On pourrait croire que l’invention de Breguet aurait dû déclencher aussitôt une révolution de l’horlogerie. Il n’en est rien. Pendant longtemps, le remontage automatique reste un domaine relativement rare : complexe à fabriquer, délicat à régler et coûteux. Une montre de poche manuelle conventionnelle suffit aux besoins de nombreux acheteurs, qui acceptent son rituel de remontage quotidien. Le gain d’usage ne justifie donc pas toujours le supplément de complexité.
Le XIXe siècle voit pourtant d’immenses progrès de fabrication. Les mouvements gagnent en régularité, les systèmes d’échappement évoluent, les méthodes industrielles se perfectionnent. Mais ces avancées ne signifient pas que chaque invention ancienne sera systématiquement produite. L’histoire des techniques est faite de chemins abandonnés, de réapparitions et de solutions qui attendent un environnement favorable.
Cet environnement se forme au début du XXe siècle lorsque la montre-bracelet gagne en légitimité. Le poignet crée une occasion exceptionnelle : il bouge fréquemment, et une montre portée sur le bras est particulièrement bien placée pour récupérer cette énergie. Le problème du remontage automatique prend donc une nouvelle dimension. Ce qui était un luxe d’horloger sur montre de poche devient une solution pratique adaptée à un objet moderne.
La montre-bracelet impose cependant des contraintes nouvelles : le mouvement doit être plus petit, supporter des changements de position fréquents, résister davantage aux chocs et être protégé de la poussière ou de l’humidité. De plus, certains systèmes demandent un boîtier plus épais, ce qui peut compliquer le confort et l’élégance. Il faut donc repenser le mécanisme au lieu de simplement déplacer une invention ancienne dans un boîtier plus petit.
Cette phase de transition explique l’importance de John Harwood. Son mérite ne consiste pas à effacer deux siècles d’histoire, mais à résoudre suffisamment de difficultés concrètes pour qu’une montre-bracelet automatique devienne un objet manufacturable.
Pièce 06 · 1924–1926 : la preuve industrielle
John Harwood et Fortis : de l’idée protégée par brevet à la montre-bracelet produite en série
Au début des années 1920, l’horloger britannique John Harwood s’intéresse aux défauts de la montre-bracelet traditionnelle. Chaque remontage manuel entraîne une manipulation de la couronne ; dans un contexte où l’étanchéité reste difficile à garantir, cela multiplie les occasions de laisser entrer poussière et humidité. Harwood cherche une solution qui libère le porteur de ce geste répétitif tout en améliorant la protection du mouvement.
Son mécanisme utilise une masse oscillante à course limitée : le poids se déplace d’un côté à l’autre, entraîne le remontage et s’arrête sur des butées amorties. Ce n’est pas encore le rotor libre à rotation complète qui deviendra dominant. Mais l’essentiel est là : la montre-bracelet exploite les mouvements naturels du poignet pour remonter son ressort. L’idée possède désormais une forme suffisamment concrète pour faire l’objet d’un brevet et d’une fabrication organisée.
Harwood obtient un brevet suisse en 1924, associé au numéro 106583. En 1926, la collaboration avec Fortis permet de franchir une autre étape historique : la mise en production en série de montres-bracelets automatiques. Fortis situe au 13 juillet 1926 le début de la sortie des premières montres Harwood de sa manufacture. La précision de cette date provient de la maison elle-même ; elle renseigne le récit industriel tel qu’elle le documente.
La Harwood se distingue aussi par son approche ergonomique. Certaines réalisations utilisent un réglage sans couronne extérieure classique, en lien avec la logique de protection du boîtier. Ce détail est révélateur : pour ses créateurs, le problème n’est pas simplement de remonter le ressort. Il s’agit de rendre l’ensemble plus adapté à la vie d’une montre-bracelet.
Il ne faut pas la transformer en montre automatique moderne parfaite. Le débattement limité peut avoir ses contraintes de rendement, et l’histoire ultérieure montrera d’autres solutions plus souples. Néanmoins, le passage de l’idée au produit vendu constitue une étape décisive. Dans ce sens précis, Harwood mérite d’être présenté comme le pionnier d’une des premières montres-bracelets automatiques produites en série.
La chronologie et le brevet sont décrits dans les archives historiques présentées par Fortis.

Pièce 07 · Comment lire une pièce d’archive
Un dessin ou un brevet ne prouve pas automatiquement que la montre a été produite
Le document technique est l’une des sources les plus fortes de l’historien de l’horlogerie, à condition de savoir ce qu’il dit — et ce qu’il ne dit pas. Un brevet décrit une solution technique. Il peut indiquer la date à laquelle une demande a été déposée, préciser l’agencement de certaines pièces et présenter les revendications d’une invention. Il ne prouve pas automatiquement que chaque détail a été commercialisé exactement sous cette forme.
Inversement, une photographie d’objet conservé ne suffit pas toujours à établir le premier fabricant. Une montre a pu être modifiée, reboîtée, réparée ou photographiée sans documentation de provenance. En collection, la prudence porte sur les signatures, le numéro de mouvement, les matériaux, l’état de conservation et la cohérence historique. Dans les archives, elle porte également sur les sources des images et la transmission des documents.
Pour cette raison, les deux reproductions spécialement ajoutées à notre enquête reçoivent une annotation dédiée. Elles sont utiles pour illustrer le sujet, mais le seul fait de posséder un fichier ou de l’avoir hébergé sur un site ne permet pas d’identifier automatiquement son photographe, son éditeur ni les droits applicables à sa reproduction.
| Type de preuve | Ce qu’elle peut établir | Ce qu’elle ne démontre pas à elle seule |
|---|---|---|
| Témoignage daté | Une idée, un essai ou un objet mentionné à un moment donné. | La structure exacte du mécanisme ou l’identité incontestable de son auteur. |
| Dessin technique / brevet | Une architecture mécanique décrite à une date donnée. | La production en série, le nombre de montres fabriquées ou leur fiabilité en usage. |
| Montre conservée | Un exemplaire matériel qui peut être étudié. | L’absence de prototypes ou d’objets antérieurs aujourd’hui disparus. |
| Facture ou livre de vente | Une transaction documentée. | La primauté absolue de l’idée technique. |
| Archives de manufacture | Un récit industriel et des dates de production internes. | L’ensemble des innovations développées indépendamment ailleurs. |
Les différentes pièces d’un dossier d’attribution historique
Une conclusion solide associe donc plusieurs éléments. Le témoignage situe la recherche, le document technique décrit la conception, la montre conservée confirme une réalisation matérielle, tandis que les archives industrielles montrent son passage à la fabrication et à la vente. L’un des intérêts du cas Harwood est justement de permettre une lecture dans plusieurs de ces registres.
Pièce 08 · 1931 et l’adoption durable
Rolex Perpetual : le rotor libre qui change l’échelle de l’automatique
En 1931, Rolex dépose une série de brevets sur un mécanisme de remontage automatique à rotor libre, baptisé « Perpetual ». La masse oscillante peut tourner sur 360 degrés et exploiter les gestes du porteur avec une liberté supérieure à celle des systèmes à débattement limité. L’amélioration est particulièrement adaptée à une montre-bracelet portée régulièrement, et sa logique se diffusera largement dans l’industrie.
Le contexte compte. Quelques années auparavant, Rolex avait déjà engagé ses recherches sur le boîtier Oyster et la protection de la montre contre l’humidité et les poussières. Associer un boîtier protégé à un système limitant les manipulations de couronne présente donc une cohérence évidente. Le remontage automatique n’est plus seulement un perfectionnement du mouvement ; il participe à une idée globale de montre mieux adaptée à la vie active.
Rolex n’est pas « le premier inventeur de l’automatique » si ce titre couvre les montres de poche du XVIIIe siècle. La maison ne peut pas non plus effacer la mise en production de la Harwood plusieurs années auparavant. En revanche, sa contribution au rotor libre moderne mérite d’être distinguée par son influence très durable sur l’architecture des montres automatiques.
Cette continuité historique évite une opposition artificielle. Harwood et Rolex ne sont pas deux réponses à une question identique : l’un marque la percée industrielle de la montre-bracelet automatique à course limitée ; l’autre favorise l’adoption d’une solution à rotation complète, qui servira de référence à une grande part des calibres ultérieurs.
Les brevets et l’importance du rotor sont présentés sur la page historique de Rolex consacrée au mécanisme Perpetual.

Pièce 09 · La suite confirme le tournant
De l’automatique à masse limitée aux calibres modernes : Omega, Eterna et Seiko
Une enquête qui s’arrêterait en 1931 laisserait croire que le problème de l’automatique était définitivement résolu. Ce serait oublier les décennies de perfectionnement qui ont suivi. Les mouvements dits « bumper », notamment chez Omega, témoignent par exemple de la persistance de solutions à débattement limité dans l’après-guerre. Ces architectures ont leur personnalité, leurs qualités et leurs contraintes ; elles ne sont pas un simple vestige sans intérêt.
En 1948, Eterna introduit son Eterna-Matic avec un roulement à cinq billes destiné à améliorer le comportement du rotor. Cette innovation joue sur les frottements, la fluidité et la fiabilité de la masse oscillante. Elle confirme une réalité fondamentale : la réussite d’une invention dépend aussi de détails mécaniques qui n’ont rien de spectaculaire pour le grand public, mais transforment sa robustesse et sa longévité.
Le Japon prend ensuite une place majeure avec Seiko. La Gyro Marvel de 1959 introduit le Magic Lever, dispositif de transmission du remontage qui doit sa réputation à sa simplicité et à son efficacité. À partir de là, l’automatique devient un terrain de progrès partagé entre plusieurs pays et plusieurs écoles d’ingénierie. La question de la toute première montre ne doit pas faire oublier cette histoire collective.
À travers les décennies, l’automatique change également de statut. D’abord innovation pratique, elle devient un mécanisme largement adopté, puis une tradition précieuse face à la montée du quartz. Le ressort moteur, la masse oscillante et le travail de transmission composent une mécanique que les amateurs continuent à rechercher, même quand une montre électronique serait plus exacte et plus économique à fabriquer.
La masse reste limitée
Une autre branche de l’histoire montre que la rotation libre n’a pas immédiatement remplacé toutes les architectures concurrentes.
Le principe est amélioré
Roulement à billes et transmissions simplifiées contribuent à faire de l’automatique une technologie durable et internationale.



Pièce 10 · Les prétentions confrontées aux preuves
Tableau des différentes « premières » : qui peut revendiquer quoi ?
Rassembler les dates dans un seul tableau permet de voir apparaître la vraie structure de l’histoire. Les protagonistes sont liés par une idée commune — récupérer les mouvements du porteur — mais ils ont apporté des réponses différentes. De la conception à la diffusion, le progrès horloger franchit plusieurs frontières distinctes.
| Pionnier | Repère | Contribution reconnue | Degré de certitude |
|---|---|---|---|
| Perrelet / « Perlet » | 1777 | Témoignage ancien relatif à une montre se remontant par le mouvement. | Attribution et détails mécaniques discutés. |
| Hubert Sarton | 1778 | Description et dessin technique d’un mécanisme automatique avec rotor. | Documentation technique importante ; diffusion commerciale non démontrée par ce seul document. |
| Abraham-Louis Breguet | 1780–1782 | Première perpétuelle vendue en 1780 ; exemplaire conservé achevé en 1782. | Vente et réalisation matérielle solidement documentées par la maison. |
| John Harwood / Fortis | 1924–1926 | Brevet suisse de 1924, production en série de montres-bracelets dès 1926. | Jalon industriel clairement documenté. |
| Rolex Perpetual | 1931 | Brevets relatifs au rotor libre à rotation complète. | Contribution déterminante à l’architecture moderne. |
Le mot « première » change de sens selon la preuve recherchée
Ce tableau doit rester un outil de compréhension, pas un palmarès artificiel. Un historien prudent peut reconnaître la force d’un témoignage tout en refusant de lui donner une portée qu’il ne possède pas. Il peut aussi reconnaître une innovation technique remarquable sans la confondre avec la première commercialisation du même principe.
Il faut enfin garder à l’esprit que les mots eux-mêmes évoluent. Le terme « perpétuelle » ne signifie pas que la montre fonctionne sans énergie : il renvoie à l’idée de remontage par les mouvements ordinaires. Le terme « automatique » ne garantit pas une durée de marche illimitée. Quant à « première », il dépend toujours de la catégorie dont on parle.
Pièce 11 · Le dossier est clos, pas l’histoire
Le verdict : plusieurs pionniers, et une seule réponse vraiment honnête
Si la question porte sur l’origine même du remontage automatique, elle nous ramène aux années 1770 et à un ensemble de recherches dont les attributions restent débattues. Perrelet et Sarton ne doivent pas être rayés du récit, mais ils ne peuvent pas être présentés indistinctement comme des inventeurs certains du même mécanisme.
Si elle porte sur les premières montres automatiques fonctionnelles et vendues, Breguet occupe une place majeure et solidement documentée avec ses perpétuelles à partir de 1780. L’existence d’une montre conservée achevée en 1782 apporte une autre forme de preuve, plus matérielle.
Si elle concerne spécifiquement la montre-bracelet automatique produite en série, le nom de John Harwood associé à Fortis et à l’année 1926 est le repère fondamental. Ce résultat n’annule pas Breguet ; il concerne une autre étape industrielle et un autre format de montre.
Si elle vise enfin l’architecture du rotor libre moderne, Rolex Perpetual et les brevets de 1931 s’imposent parmi les jalons les plus importants. Le mécanisme devient une référence durable, sans être pour autant la naissance absolue du remontage automatique.
Ce que l’on peut affirmer sans déformer l’histoire
La montre automatique n’a pas un inventeur unique que tous les documents placeraient au même moment. Son histoire est celle d’une idée ancienne progressivement rendue fiable, fabriquable en série et adaptée au poignet. Le meilleur « premier » dépend de la preuve que l’on cherche à établir.
Pour l’amateur de vintage, cette précision change la manière de regarder les objets. Une Harwood ancienne témoigne du passage à la production. Une Oyster Perpetual rappelle l’adoption du rotor libre. Une montre de poche perpétuelle conserve la mémoire d’une idée bien antérieure. Ces pièces ne se remplacent pas : elles se complètent.
Pièce 12 · Questions de lecteurs
Vingt réponses pour démêler les premières montres automatiques
Les dates les plus connues perdent parfois leur sens lorsqu’elles sont isolées. Ces réponses permettent de revenir rapidement aux différences entre l’idée, la montre commercialisée, le brevet et le rotor moderne.
Qui a inventé la première montre automatique ?
Le remontage automatique résulte de plusieurs étapes : origines disputées dans les années 1770, perpétuelles Breguet commercialisées à partir de 1780, production de montres-bracelets Harwood–Fortis à partir de 1926 et rotor libre Rolex en 1931.
Abraham-Louis Perrelet est-il considéré comme l’inventeur ?
Il est un pionnier fréquemment cité, mais l’attribution technique exacte est discutée. Les témoignages de 1777 ne décrivent pas toutes les caractéristiques du rotor moderne.
Pourquoi Hubert Sarton est-il important ?
Des documents datés de 1778 décrivent un mécanisme à rotor. Cette trace technique joue un rôle important dans le débat sur les inventions du XVIIIe siècle.
Breguet a-t-il fabriqué une montre automatique avant Harwood ?
Oui : ses perpétuelles étaient des montres de poche automatiques vendues dès 1780. Harwood intervient plus tard avec la montre-bracelet produite en série.
Quelle est la première montre automatique commercialisée ?
Breguet indique avoir vendu une perpétuelle au duc d’Orléans en 1780. La question est différente de celle de la première montre-bracelet automatique vendue en série.
Pourquoi la Breguet n° 1/8/82 est-elle célèbre ?
Il s’agit d’une perpétuelle conservée achevée en 1782, importante pour la preuve matérielle du remontage automatique ancien.
John Harwood a-t-il inventé le rotor libre ?
Non. Son mécanisme repose sur une masse oscillante à débattement limité. Le rotor libre Perpetual de Rolex est un jalon distinct de 1931.
Quand les premières montres Harwood–Fortis ont-elles été fabriquées ?
Fortis situe le début de sa production en série au 13 juillet 1926, après le brevet suisse obtenu par Harwood en 1924.
Quel est le numéro de brevet de John Harwood ?
Le numéro de brevet suisse 106583 est cité dans les archives de Fortis au sujet du système breveté en 1924.
Rolex a-t-elle inventé la montre automatique ?
Rolex a développé un mécanisme de rotor libre très influent à partir de 1931, mais des montres automatiques existaient auparavant.
Que signifie « Perpetual » chez Rolex ?
Ce terme désigne le remontage automatique entretenu par les mouvements du porteur ; la montre doit toujours recevoir de l’énergie pour fonctionner.
Qu’est-ce qu’un rotor libre ?
C’est une masse oscillante pouvant tourner sur 360 degrés autour d’un axe afin d’entraîner le remontage du ressort moteur.
Pourquoi les premières automatiques étaient-elles difficiles à produire ?
Le système ajoutait de la complexité, des pièces mobiles, des contraintes de volume et des exigences de fiabilité difficiles à maîtriser avec les techniques de l’époque.
Une montre automatique a-t-elle besoin d’être remontée ?
Elle se remonte grâce aux mouvements du porteur, mais une montre arrêtée peut nécessiter un remontage initial selon sa conception et les recommandations du fabricant.
Une montre de poche pouvait-elle être automatique ?
Oui. Les perpétuelles de Breguet sont des exemples historiques majeurs de montres de poche à remontage automatique.
Une montre Harwood fonctionne-t-elle comme une Rolex moderne ?
Pas exactement : la Harwood historique utilise un débattement limité alors que l’architecture Rolex Perpetual repose sur un rotor libre.
Le brevet suffit-il à prouver qu’une montre était vendue ?
Non. Le brevet décrit une invention, mais des archives commerciales, des pièces conservées ou des documents de production sont nécessaires pour établir la diffusion.
Qu’est-ce qu’un mouvement bumper ?
C’est un automatique dont la masse oscille sur une course limitée et rencontre des butées, une famille de solutions encore utilisée sur certaines montres du XXe siècle.
Pourquoi existe-t-il plusieurs « premières » dans l’histoire horlogère ?
Parce qu’une idée, un prototype, un objet conservé, un brevet et une production en série correspondent à des réalisations historiques différentes.
Que lire après cette enquête ?
Pour prolonger la lecture : l’histoire de la montre automatique, l’histoire de la montre-bracelet ou l’histoire de l’horlogerie suisse.
Pièce 13 · Documents et lectures
Références historiques et crédits des documents
Les éléments historiques ci-dessus ont été rapprochés de sources consultables, en privilégiant les archives des manufactures pour les dates qu’elles documentent et les travaux historiques pour les attributions controversées.
- Breguet — Apparition des premières montres automatiques : vente de 1780 et exemplaire conservé achevé en 1782.
- Fortis — The First Automatic Wristwatch : brevet Harwood de 1924 et production de 1926.
- Rolex — Faire corps avec le mouvement : rotor libre Perpetual et brevets à partir de 1931.
- Worldtempus — Perrelet est-il l’inventeur de la montre automatique ? : débat critique autour des attributions du XVIIIe siècle.
La datation et l’identification des photographies ne remplacent pas une documentation d’origine. Les deux reproductions d’archives ajoutées à cet article sont accompagnées d’une mention particulière en raison de leur provenance et de leurs droits de reproduction non vérifiés.